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Le calvaire du juge de paix

quand le malheur s’abat sur une famille

Le jeudi 1er mars 2007, par Jean-Pierre Bernard

En 1809, un juge de paix d’Orléans vécut des moments vraiment difficiles. Son fils et son épouse meurent en l’espace de quinze jours. Pour cette dernière, son corps fut détruit par un incendie violent.

Sur toutes les familles, de gros malheurs surviennent souvent, qu’il est bien difficile de surmonter.

A Orléans, en ce début de 19e siècle, vivait Monsieur Foucher, juge de paix, homme respectable et respecté, qui habitait dans la rue du Poirier une grosse maison qui lui servait à la fois de résidence privée et de locaux pour l’exercice de sa profession.

Convenablement marié, sa famille et celles de son épouse vivant dans une bonne aisance, Monsieur Foucher faisait partie de la bourgeoisie de la ville, et la vie se déroulait le mieux du monde. Un fils vint combler leurs désirs, qu’ils prénommèrent Alexandre-Benoît-Bonaventure.

Doué pour tout, ils lui firent suivre des études de droit qui furent brillantes, et, à 29 ans, il était déjà substitut du Procureur Impérial près le tribunal de première instance d’Orléans. Une carrière de haut niveau se profilait pour ce jeune homme.

Puis un drame survint. Pour des raisons et des circonstances qui ne nous sont pas connues, Pierre-Alexandre-Bonaventure Foucher décède brusquement le 2 juillet 1809, à l’âge de 29 ans, fauché dans sa jeunesse.

Voici un extrait de sa nécrologie, publiée dans les "Annales périodiques de la ville d’Orléans" du samedi 8 juillet 1809 :

... "Des connaissances étendues, un travail soutenu dans l’étude des lois, un jugement sain et éclairé, avaient fait distinguer de bonne heure ce jeune magistrat, et lui avaient mérité d’être appelé depuis plusieurs années à des fonctions importantes, qu’il a remplies avec succès et impartialité.

La bonté et la franchise de son caractère, la pureté de ses moeurs, une modestie rare qui ajoutait encore à son mérite personnel, lui avaient concilié l’estime générale.

Sa perte est vivement ressentie par ses collègues et par tous ceux qui l’ont connu."

Ses obsèques furent célébrées rapidement. Les membres du tribunal civil et les fonctionnaires qui y sont attachés, des députations des Cours d’appel et de justice criminelle, des personnalités de la cité, un concours nombreux de parents et d’amis, ont assisté à ces obsèques, accompagnant de leurs regrets et de leurs larmes sa dépouille mortelle jusqu’au lieu de la sépulture.

Monsieur Foucher père et son épouse sont consternés, abattus, et pleurent un fils tant aimé, pour qui ils avaient rêvé tant de choses. Mais il faut bien que la vie continue, et Monsieur Foucher, une fois les premières douleurs passées, se consacre de nouveau à sa profession de juge de paix, soutenu par son épouse, sa bru et ses petits-enfants.

Exactement quinze jours après, le lundi 17 juillet 1809, pour des causes que nous ignorons également, survient le décès de sa chère épouse !

Quel malheur ! Toute la peine du monde vient s’abattre sur cet homme, accablé de la plus vive douleur par la perte successive, en l’espace de deux semaines, de son épouse et de son fils moissonné à la fleur de l’âge.

Le lendemain, mardi 18 juillet, cédant aux conseils de quelques amis ou parents, il s’était retiré momentanément chez sa bru.
Le soin de sa maison et la garde de la défunte avaient été confiés à une jeune domestique et à une vigneronne voisine.
Deux cierges allumés avaient été placés, selon l’usage, sur une table au pied du lit de la défunte. C’était, comme à l’époque, un lit à baldaquin, avec des rideaux qu’on avait presque entièrement fermés.
La porte et les fenêtres de la chambre, située au premier étage sur la rue, avaient été laissées ouvertes.

Il était 21 heures 30. Pendant que les deux femmes s’occupaient tranquillement de leur souper, dans la cuisine au rez-de-chaussée sur la cour, le courant d’air mit en contact les rideaux et les cierges, provoquant vite un violent incendie qui commença par la chambre qui fut bientôt complètement embrâsée.
Le feu s’est rapidement communiqué aux autres pièces voisines, remplies de meubles et d’effets, puis aux étages supérieurs et au comble du bâtiment.

Il s’était à peine écoulé un quart d’heure depuis que les flammes paraissaient au-dehors, et déjà les progrès effrayants de cet incendie donnaient lieu de craindre que les secours les mieux dirigés ne pussent en arrêter le développement, avant que ses ravages se fussent étendus sur un grand nombre des maisons du quartier.

On fit prévenir Monsieur Foucher, qui se rendit le plus vite possible sur les lieux, mais trop tard pour pouvoir pénétrer dans la maison afin au moins de récupérer le corps de son épouse défunte... et celui-ci se désespérait, fou de dépit et de douleur de ne pouvoir rien faire.

Le tocsin se met en branle, on sonne la générale ; une affluence considérable d’habitants du quartier était déjà sur place, se passant des seaux d’eau pour tenter d’éteindre, sans grand succès, l’incendie qui faisait rage.
L’incendie était considérable, et on avait peur qu’il se propage aux maisons environnantes, si bien que "... les propriétaires de raffineries avec leurs pompes, le corps des pompiers de la ville, la garde nationale, la compagnie de réserve départementale et les différents corps de troupes de la garnison se sont rendus au lieu de l’incendie, et ont rivalisé de travail et de zèle pour borner les effets du feu à son principal foyer. Leurs efforts ont été suivis d’un succès assez prompt, et non seulement les maisons voisines ont été préservées de toute atteinte, mais même le rez-de-chaussée de la maison incendiée. A deux heures du matin, le feu était entièrement éteint."

Mais Madame Foucher... mais le corps de la défunte !
On n’avait pas pu pénétrer dans la maison, l’incendie étant trop important.

Le corps de la défunte a été complètement consumé... On a réuni dans une bière ce qu’on a pu recueillir de ses ossements, et l’inhumation a eu lieu le lendemain avec les cérémonies ordinaires.

Qu’on se mette à la place de ce pauvre homme, considéré, bien assis dans la vie, qui perd, dans l’espace de quinze jours son fils et son épouse, avec, dans le cas de celle-ci, des circonstances exceptionnelles qui ont fait que son corps a disparu presque complètement dans les flammes.
La crémation n’était pas encore de mode en 1809, et ne se serait pas de toutes façons déroulée de cette manière.

Comme quoi... on est bien peu de choses sur cette terre !

(D’après "Annales périodiques de la ville d’Orléans" - 6e année - 2e semestre - n°580 - samedi 22 juillet 1809).

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