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Le Juillet à Tahiti, huitième partie de la croisière du Rigault de Genouilly dans le Pacifique

Le vendredi 1er juillet 2022, par Michel Carcenac
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Livre des Ports et rades. Arrivée à Tahiti le 7 Juillet en provenance de Mangareva. Départ le 20 Juillet.

Léon Moron a beaucoup aimé Tahiti. Il a profité de ses escales pour se promener en ville et dans les sentiers parmi la végétation et les fleurs. Il était tellement captivé par les paysages, le climat et l’ambiance qu’il a décidé qu’il prendrait sa retraite à Tahiti. L’heure de la retraite ayant sonnée, il a fait la tournée des amis de la Navale pour glaner des renseignements. Il demeurait alors à Paris avec son épouse Geneviève, près de chez Merooff, son ami du Liban. Apprenant qu’il y avait des feux rouges à Papeete, il abandonna Tahiti pour le Périgord.

Le Rigault de Genouilly a bien sûr participé aux fêtes du Juillet à Tahiti qui durent du 4 au 20 Juillet.

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Carnet de vol de Claude Viellard, Enseigne de Vaisseau de 1° classe, Chef du Service Aéronautique.

Après le travail de réentoilage effectué à la base de Fare-Ute, le lieutenant Viellard a fait les essais en vol, épreuve obligatoire.
Viellard a piloté son hydravion embarqué au-dessus de Papeete pendant une heure et cinq minutes. Passages en rase-mottes sur la foule apeurée et hurlante, virages serrés. Sur le lagon simulation d’amerrissages avec remise des gaz bruyante.

L’hydravion du Rigault de Genouilly. était un hydravion Gourdou Leseurre GL810 de reconnaissance et d’éclairage. Un monoplan triplaces à flotteurs. Motorisé par un Gnôme et Rhône 9 Ady de 420 CV vitesse 200 km/h. plafond 6000m. Longueur 10,50 m. envergure 16 m. Poids à vide de 1.690 kg et 2460 en charge.

Catapultage des hydravions embarqués

Un aéronef nécessite pour décoller une certaine vitesse, il lui faut donc une piste assez longue en rapport avec ses caractéristiques. C’est la même chose pour un hydravion. Les hydravions embarqués sur les avisos coloniaux décollaient et se posaient dans les lagons, parfois en pleine mer quand celle-ci était calme. Quand la longueur de décollage était limite, le catapultage sur un rail grâce à un réservoir d’air comprimé et un système d’élingue à décrochage automatique pouvait propulser l’appareil directement dans les airs. Quant à l’amerrissage sur une faible distance, on fait la même manœuvre que pour un avion d’aéroclub : on cabre l’avion tout en l’empêchant de descendre trop vite, grâce au moteur. La vitesse par rapport au sol est réduite, dès les flotteurs sur la mer, on coupe les gaz et l’avion court très peu.

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Le croiseur français Tourville lançant un Gourdou-Leseurre GL-812 HY avec sa catapulte. On voit nettement le rail perpendiculaire à l’axe du bateau. Wikipedia Commons.
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Carnet de vol de Claude Veillard. Février 1937. Un catapultage est mentionné dans le récapitulatif. Il a eu lieu avant le départ de la croisière près de Saïgon. La manœuvre devait être assez risquée…

« Les avisos coloniaux n’ont pas été conçus au départ pour embarquer des hydravions. En 1934 le Savorgnan de Brazza et le Rigault de Genouilly n’en avaient pas. Tout change en 1935. L’Amiral Charner arrive en rade à Papeete, transportant un hydravion. A l’aide de mâts de charge, celui-ci est aussitôt mis à l’eau dans le lagon.
Le 14 juillet 1935, magnifique revue. La Zélée faisait meilleure figure que le Charner, par la tenue impeccable et la propreté des hommes.
Dès le matin, l’hydravion du Charner survole la ville sans arrêt, avec de petites fantaisies qui font hurler de joie les habitants. Arrêt pour faire le plein et retour l’après-midi en tirant un très grand pavillon bleu blanc rouge, accueil enthousiaste. » D’après « Tahiti et l’aviation » de Patrick O’Reilly

Détour par le Périgord

C’était pareil chez nous, dans la France profonde, je m’en souviens bien, j’avais douze ans à l’époque. Quand j’entendais le bruit d’un avion, je me précipitais dehors et je scrutais le ciel, espérant voir le visiteur. Les avions d’aéroclubs étaient rares à l’époque et quand ils passaient dans le voisinage, ils ne manquaient pas de tourner au-dessus de ma petite ville médiévale si belle vue du ciel.

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Belvès en Périgord avant l’orage. Cliché Michel Carcenac.

Je n’étais pas le seul écolier à rejoindre la place, quand il n’y avait pas classe. Mon cousin Léo habitait sur la place comme moi, il faisait partie des vieux. En face, Bébert Lespinasse abandonnait ses montres. Sur l’autre coin de la place était Jean Despont, toujours avec son copain Delair. Ce dernier habitait au Terriol, quartier du charron, du notaire et des fabricants de sabots de bois, individus sans intérêt pour des adolescents ; aussi Delair se réfugiait chez Despont. On l’avait baptisé “le Ministre“, c’était son surnom.

Les jeunes criaient en espérant se faire entendre, agitaient leur béret. Les grands, eux, discutaient technique, le modèle de l’avion, biplan ou monoplan, le nom du moteur, oui il avait un nom et les savants nous le donnaient. Nous ne les avons jamais contredits. J’allais oublier Paul Baille le boucher, il s’y connaissait, il paraît qu’il avait fait la guerre dans l’aviation, mais comme rampant. Les vieux, tirés de leur léthargie, avaient rappliqué sur la place. Quand l’avion était parti, on ne sait où, ils s’installaient sur le banc devant chez Léo et commentaient l’évènement.

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Sur le banc. Cliché Antoine Carcenac. Tiré de « Le Périgord d’Antoine Carcenac »par Michel Carcenac.

En juillet 37, une réunion d’avions se tint au nouvel aérodrome du camp de César, au milieu de la forêt, à quatre kilomètres. Avec les copains nous y sommes allés, à pied. Une douzaine d’avions étaient venus essayer la nouvelle piste. Les moteurs ronflaient en dégageant des fumées qui puaient l’huile de ricin. Certains ont eu la diarrhée d’avoir trop reniflé les vapeurs de ricin. Nous étions en admiration devant ces engins quand ils décollaient. J’étais loin d’imaginer que plus tard je serai pilote sur cette piste et président du club “Les Ailes Belvésoises“ et que je rassemblerai à cet endroit des milliers de personnes qui hurleraient en voyant les voltiges des champions. Je comprends très bien les réactions des habitants de Papeete.

Le premier hydravion ayant volé à Tahiti appartenait à un riche américain. L’hydravion était arrivé par bateau, tout démonté dans une caisse. Le propriétaire et le pilote le remontent et le mettent à l’eau sur une plage en pente douce aboutissant au lagon. Ils s’amusaient follement tous les deux à faire des acrobaties. Un jour ils embarquent une femme, mais il y avait seulement deux places en tandem. Qu‘à cela ne tienne, Madame se mettra à l’arrière sur les genoux de l’Américain. L’appareil se trouve pris dans un chenal où un violent courant les entraîne vers l’océan. Dans la mer déchaînée d’énormes vagues les drossent contre le corail. L’Américain s’extirpe à grand peine de son siège et réussit à dégager la femme. Ils sont alors dans le lagon avec Madame qui ne sait pas nager. L’Américain la saisit par les cheveux et réussit à rejoindre un petit îlot où ils attendent les secours. Un camion est venu tirer l’hydravion et l’amener dans un atelier. Il a été réparé, mais n’a jamais plus volé.
Cette histoire est racontée par le sérieux correspondant à Tahiti du Pacific Islands, mais je ne garantis pas l’authenticité des faits.

Dans la journée et dans la nuit tombante, des garçons et des filles de Tahiti et de Moorea dansèrent en chantant, vêtus d’un paréo, la tête couverte de fleurs et en arrière-plan un grand écran blanc. On avait installé des gradins pour les officiels, Léon Moron était bien placé, cette soirée l’avait assez marqué pour qu’il me la raconte.

La nuit était tombée, plus de place sur les planches. La foule s’assoit par terre et les autres restent debout derrière eux. L’éclairage public remplacé par le projecteur, un murmure d’excitation se fit entendre. Pour beaucoup c’était la première fois qu’ils se rendaient au cinéma. Sur la toile blanche apparut le mot TABU en grosses lettres. Quelques secondes plus tard, d’autres inscriptions remplacèrent TABU : Friedrich Wilhelm Murnau et Robert Flaherty. L’apparition du nom des héros Reri et Matahi déclencha des « ils y sont ». Les acteurs jouaient dans le film mais ils étaient ensemble sur les plus hauts gradins et envoyaient des baisers. A l’apparition des images et durant toute la séance ce fut du délire. A la fin tragique, beaucoup pleuraient.

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Tabu, a Story of the South Seas.

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2 Messages

  • Très intéressant ! on a même le film de MURNAU ( "Tabou")avec le lien pour le regarder (je le connaissais déja : un petit chef- d’oeuvre).
    Bravo aussi à "Histoire- Généalogie", pour l’édition.

    J.C. Limasset
    (qui souhaite reprendre contact avec "H.-G." pour l’édition de :
    " Edward NICKOLL ( 1787-1876)Officier de Marine britannique et sa descendance française", collaboration interrompue en 2019 pour cause de voyage lointain...

    Répondre à ce message

  • 2e commentaire :
    Ce récit ressemble beaucoup à celui du livre suivant :
    Le "Charcot et la Terre Adélie", Pierre DUBARD et Luc Marie BAYLE,Editions France-Empire,1951, qui raconte les deux expéditions en 1948, puis en1949-1950 de la Marine française en Antartique. Ils avaient eux aussi un petit hydravion embarqué sur la plage arrière du "Commandant Charcot", un ancien "mouilleur de filets anti-sous-marins" en bois, de seulement 1200 tonneaux.

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