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Battage à la machine à la fin du 19e siècle à Poule dans le Haut-Beaujolais

Une journée de labeur et de fête à la ferme...

Le vendredi 1er juin 2007, par André Aubonnet

Le battage du blé à la ferme au 19e siècle. Chaque année c’est un jour de travail et de fête, qui favorise les rencontres, et qui permet au paysan de recolter le grain, plus tard moulu en farine avec laquelle il fabriquera son pain.

A la fin du 19e siècle, grâce au progrès de la mécanisation, le battage du blé au fléau est progressivement remplacé par le battage à la machine.

Dans le haut-beaujolais le paysan récolte du blé surtout pour sa consommation familiale. La terre n’est pas très fertile, le climat assez rude, les récoltes sont donc rarement abondantes.

Ce qu’on appelle en général le blé, se compose de plusieurs variétés :

  • le seigle, très rustique est peu exigeant en fertilité du sol, résiste aux intempéries mais n’a pas une très bonne valeur boulangère.
  • le froment, beaucoup plus exigeant pour le sol mais de bien meilleure qualité que le seigle, ne pousse pas très bien dans cette région, avec la maigre fumure et le travail de la terre de cette époque.
  • le méteil, mélange de seigle et de froment semé et récolté ensemble, est le compromis de l’époque donnant une récolte plus abondante avec une qualité moyenne pour la fabrication du pain.
    On cultive aussi d’autres céréales comme l’avoine, l’orge, pour la nourriture des animaux de la ferme.

Toutes ces céréales sont donc moissonnées de mi-juillet à début août par beau temps, puis « battues » quelques semaines plus tard, lorsque la récolte est sèche et que le grain a eu le temps de bien mûrir dans l’épi.

Les moissons se coupent à la faux et parfois déjà à la faucheuse tirée par des bœufs ou des chevaux, puis sont ramassées et liées en gerbes. Ces gerbes sont mises en tas appelés « mailles » ou meules, dans les champs en attendant les battages. Pendant les quelques jours précédents les battages, la récolte est rentrée dans la cour de la ferme sur l’emplacement où sera « calée » la batteuse. On y dresse de grandes mailles ou gerbiers.

Cet endroit n’est pas choisi au hasard :

  • Il doit être suffisamment vaste et facile d’accès pour la batteuse. Le chemin ne doit pas être trop escarpé et permettre aux attelages de bœufs ou de chevaux d’amener le matériel.
  • Il doit être plat et le plus horizontal possible. Pour bien fonctionner, la batteuse sera installée parfaitement de niveau.

Il faut un bon savoir-faire pour construire ces grandes « mailles » ou gerbiers, hauts comme une maison. Les gerbes y sont installées une à une en pente vers l’extérieur pour finir en forme de chapeau pointu. Les épis se trouvant à l’intérieur, sont abrités en cas de pluie, l’eau ruisselant seulement sur le pourtour. Pour parfaire l’imperméabilité, le gerbier est surmonté d’une cape conique en paille.

On prend beaucoup de précautions, il s’agit de la récolte de blé assurant le pain quotidien de toute la famille et le paysan lui a déjà consacré de nombreuses journées de labeur dans les champs.

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Les battages vers 1905 à la Chavanne, commune de Poule dans le Rhône
Mon grand-père Jérémie, meunier, se trouve devant la batteuse à gauche du sac de grain. La machine est calée à coté de la maison Botton sur la route, ce qui évite de descendre le matériel dans la cour en contrebas. Deux gerbiers attendent d’être battus. C’est l’heure de la pause, le machiniste donne un coup de sifflet avant de ralentir la machine. On remarquera la tenue vestimentaire des hommes en plein mois d’août. La mode n’étant pas au bronzage, tout le monde se protège du soleil et aussi de la poussière, avec le chapeau de paille et la chemise à grandes manches.



Le jour des battages

C’est un jour important dans l’année du paysan. Ce jour-là on ne s’occupe de rien d’autre à la ferme.

Le matériel de battage

Il n’appartient pas au paysan. C’est un entrepreneur de battage qui possède et entretien le matériel et se déplace de ferme en ferme (sur la carte postale : entreprise Mercier). Il est payé à l’heure de battage par le cultivateur.
Un peu plus tard naîtront des coopératives de battage dans les communes.

La batteuse et la locomobile ou machine ne sont pas « automobiles », il est donc nécessaire de les tracter avec des bœufs ou des chevaux.
Il faut souvent atteler plusieurs paires de bœufs devant la batteuse et surtout devant la « loco », une machine à vapeur extrêmement lourde à traîner à travers les chemins pas très carrossables. Ce sont donc les paysans qui aident au charroi du matériel de ferme en ferme avec leurs attelages. Quelques décennies plus tard apparaîtront les tracteurs. Ils simplifieront beaucoup les transports du matériel et l’entraînement de la batteuse.

En arrivant à la ferme, généralement de bon matin, les machinistes s’affairent aux préparatifs. Il faut d’abord préparer et allumer la chaudière, caler la batteuse, ils alignent ensuite la « loco » et posent la courroie entre la chaudière et la batteuse.
Il faut bien deux heures pour tout installer.

Lorsqu’il s’agit de petits propriétaires, ce qui est le cas dans le haut-beaujolais, la batteuse s’installe dans le hameau chez l’un d’eux. Les autres cultivateurs voisins amènent leur récolte en dressant plusieurs gerbiers, de façon à ne pas déplacer la batteuse pour seulement quelques heures de travail.

Les hommes

Pour assurer la bonne marche du battage, une équipe d’environ quinze hommes est nécessaire :

  • 2 machinistes ou entrepreneurs assurent le bon fonctionnement de la machine (chauffe, entretien, graissage, etc ...) et engrènent à tour de rôle la batteuse c’est à dire engagent régulièrement à la main, des poignées d’épis dans le batteur qui tourne à grande vitesse.
  • 2 hommes sur le gerbier approvisionnent la machine en prenant les gerbes une à une avec une fourche pour les amener sur le plancher de la batteuse.
  • 2 hommes sur la batteuse défont les gerbes en coupant le lien et préparent les poignées pour l’engreneur.
  • 4 à 6 hommes à la paille, la lient et la rangent dans la grange, sur un paillis, dans la cour ou sur un char. Plus tard cet effectif sera réduit avec l’apparition de la botteleuse. Elle fabriquera automatiquement des bottes avec la paille sortant de la batteuse.
  • 2 ou 3 hommes, les porteurs, s’occupent du grain. Ils portent les sacs au grenier sur leur dos en montant les escaliers dans la maison, et vident le grain à même le plancher en plusieurs tas suivant la variété. Pour occuper ce poste il faut être fort et avoir l’habitude de porter les sacs de 80 à 90 kg sur l’épaule.
  • 1 ou 2 hommes à la balle ou « ballou » (pellicules enveloppant le grain dans l’épi, séparés du grain et rejetées par la batteuse, source principale de la poussière du battage). La balle est utilisée comme litière des animaux à l’écurie avec la paille.

Mis à part les machinistes tous les hommes sont les cultivateurs voisins venus aider. Ils iront tour à tour aider chacun d’entre eux dans leurs fermes (on se rend les journées de battage). Si la batteuse travaille une journée dans chaque ferme, chaque paysan fera donc environ quinze jours de battage.

Chaque homme ayant acquis une bonne adresse dans une tache au fil des années,occupera souvent le même poste de travail dans toutes les fermes, sauf le patron qui chez lui abandonne sa spécialité et n’a pas de poste fixe. Il remplace en cas de besoin, donne des ordres et veille à la bonne marche de tout l’ensemble.

La mise en route et l’arrêt de la batteuse sont annoncés par le coup de sifflet de la machine, de même que les pauses (quelques minutes toutes les heures), permettant de se désaltérer au passage de la boisson, en buvant tous dans le même verre, du vin plus ou moins coupé avec de l’eau.

Les hommes sont bien occupés, dans la chaleur du mois d’août, le bruit infernal de la machine, et surtout dans la poussière dégagée par la batteuse.
Tout le monde a beaucoup de peine mais est heureux dans sa tâche.

Les femmes

Il n’y a pas de femmes autour de la batteuse, sauf pour servir à boire à la pause, ce qui apporte la gaieté, favorise les plaisanteries et même parfois les mariages ! ... Les femmes sont surtout présentes à la cuisine ou elles préparent les repas pour toute cette équipe, car pour les battages on « met les petits plats dans les grands ». Il faut que rien ne manque ! . Et puis on veut montrer qu’on n’est pas pingre à tous les paysans voisins venus aider.

Le repas, surtout le soir, a tendance à se prolonger. On en profite pour se tenir au courant de toutes les nouvelles du pays, des prix des denrées, etc...Parfois on raconte des histoires, on chante...

Généralement les machinistes ne participent pas au repas en commun. Ils mangent rapidement à la cuisine afin de « décaler » la batteuse, et ne pas perdre de temps pour partir dans un autre hameau ou les paysans attendent leur tour. Il faut profiter du beau temps, car si l’orage survient on doit tout arrêter et attendre le soleil pour tout sécher, le grain ne supportant pas l’humidité pour sa conservation.

Le lendemain

Le paysan remet tout en ordre dans sa cour et puis il monte au grenier pour voir son grain. Il le prend à pleine main, le soupèse, le sent, le regarde afin de juger de sa qualité. D’un coup d’œil il jauge son tas de blé et sait si la récolte a été bonne et si elle est suffisante pour passer l’année.

Il montera pendant quelques temps tous les 2 ou 3 jours au grenier remuer le grain avec la pelle de façon à bien le faire sécher pour qu’il ne moisisse pas. Fin septembre, le grain étant bien sec, le paysan pourra remplir 2 ou 3 sacs, les charger dans le tombereau, aller au moulin, et rapporter de la farine pour faire son pain.

Sources :

Souvenirs et mémoire familiale.

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9 Messages

  • Ce système de battage était pratiquement le même en 1943 : je l’ai pratiqué dans la ferme de mon oncle en Franche-Comté(Champvans-les -Gray 70). On liait même les gerbes de paille avec de la ficelle de papier !

    Mais j’ai vu encore plus archaïque : en 1966 à Alzon(30), j’ai fait le battage avec le voisin et son cheval qui piétinait les gerbes de seigle en tournant sur l’aire à battre. Ensuite , pour terminer, on battait les gerbes sur des billots de bois avec un bâton.

    Tout cela n’est pas si loin : la majeure partie des paysans de la planète pratiquent encore ces méthodes.

    Pierre Solviche. Ancêtres livradins depuis 1350 !

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  • Je suis né en 1940, mes parents étaient meuniers au Moulin de la Belouze à St Léger sous la Bussière en Saône et Loire, sur la Grosne, qui prend sa source au Mont St Rigaud, pas très loin de Poule.
    Je me souviens avoir vu de petits paysans battre encore au fléau vers 1950 pour assurer leur nouriture en pain.
    Les gamins dont je faisais parti, - nous étions en période de vacances scolaires du 14 juillet au 1er octobre - étaient chargés de transporter les bottes de paille, une par une ou deux par deux selon la force de chacun, de la botteleuse à l’endroit ou la paille allait être empilée et stokée pour servir de litière aux animaux durant l’hiver.
    Pour le service à boire à la pause, c’étaient les jeunes filles qui étaient de "corvée", une façon de leur faire rencontrer les beaux et costauds garçons célibataires du village, ce qui, comme vous le dites se terminait quelques fois par un mariage. L’après diner* (souper du soir) était souvent animé par un joueur d’accordéon local pour faire danser tout le monde.
    Vous ne parlez pas des menus au cours des repas ! C’était pantagruelique, un représentant de chaque animal de la basse-cours avait été sacrifié (poule - coq -canard - lapin - et puis un morceau de cochon, du lard le plus souvent à la soupe du matin car il y avait trois repas : la "soupe le matin, le déjeuner appelé communément le diner, et le diner* ), plus tous les légumes du jardin, et les fromages et desserts maison

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    • né en 1941, mes parents avait une petite ferme à Cransac pays minier en aveyron. Cela se passait de la meme façon que ce que vous décrivez.Il faut ajouter que mon père paysan et mineur faisait participer des collègues mineur qui n’hésitaient pas de prendre un jour de congé pour venir à la batteuse car c’était un jour de fête eux qui travaillaient toujours dans le noir au fond de la mine. Les enfants venaient voir ce monstre que trois paires de boeufs déplacaient, avaler la paille.Avant chaque repas mon père avait "tirée" l’eau du puits et rempli le baquet ou chacun se débarbouillait. Le repas du midi était pris sous le hangar.Le repas du soir durait jusqu’au matin après une nuit de danse ou chacun s’essayait à la bourrée d’auvergne et à la chanson.C’était des rasades d’eau de vie de prune qui étaient servies en fin de repas.Les préparatifs du repas commençaient au printemps ou les poulets vraiement fermiers étaient réservés pour les battages.Ma mère sortait sa belle vaisselle car les fermes étaient aussi jugées sur la bonne table.

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  • J’ai participé dans les années 60 aux "batteries" en haute Bretagne. D’abord avec une machine à vapeur puis avec un tracteur pour faire tourner la "batterie".
    Pour "rendre" les journées de battage, c’était souvent les jeunes gens et jeunes filles qu’on envoyait "suivre la batterie" (l’accompagner de ferme en ferme). A l’époque il y avait beaucoup de jeunes filles sur la batterie à couper et égréner. Par contre les autres travaux étaient réservés aux hommes assez costauds.
    Ils tournaient en équipe, si je me souviens bien c’était toutes les demi-heures avec un coup de sifflet (ce qui nous permettait de trouver le lieu de battage : au son). Pour ceux qui étaient de pause ils se retrouvaient au "cul" du fût de cidre. le matin à l’arrivée, vers 10h, à 13h et à 16h il y avait un repas pris à tour d’équipe : galettes de sarrazin faites toute la journée précédente par la fermière car moins cher que le pain ; une soupe grasse ; beaucoup de lard sortant du saloir familial ; des poulets rotis ; des pommes de terre le tout arrosé de cidre ; jamais de vin trop cher et réservé aux invités importants ni de café mais parfois, le soir, une petite "goutte" (calva local).
    Parfois, pendant cette pause, des couples allaient s’isoler. C’était l’un des rares lieu de rnecontre pour les jeunes gens très fréquentées par les "filles à marier".
    le retour du soir était assez difficile après le nombre de litres de cidre allié à la fatigue. Le dernier jour de batterie on buvait encore plus et ca se terminait souvnet dans un café du village. Malheureusement j’ai perdu plusieurs copains dans des accidents de voiture lors de ces batteries trop arrosées.

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  • Bonjour,

    Merci beaucoup pour vos témoignages par lesquels on constate que la pratique des battages était très semblable dans chaque région, avec toutefois des variantes dues sans doute aux ressources et coutumes locales.
    C’est aussi l’ambiance de fête qui ressort le plus souvent des témoignages. Mais n’avons nous pas l’habitude de nous rappeler en priorité les bons moments ?

    Très cordialement

    André Aubonnet

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  • j’écris un blog sur mes souvenirs d’enfance, et mon billet d’aujourd’hui est aussi sur les moissons , puis sur la journée de battage qui me rappelle de tres bons souvenirs, étant enfant a cette époque on se faisait charier par les ouvriers voisins qui venaient pour cette journée pas comme les autres. j’ai des petites photos de ces belles journées.

    Voir en ligne : http://autrefois.hautetfort.com

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  • J’ai conduit un matériel avec mon père d’abord puis seul jusqu’annee 1969 gros matériel datant de 1950 ça durait encore quasi deux mois...et des km sur plusieurs communes, puis, la raréfaction de la m.o. A précipité le déclin de ce type de méthode.,ce n’était pas la fête pour tout le monde, les gens voient ça différemment aujourd’hui...heureusement quelques passionnés ont conservé ces machines et les font encore ronfler !

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  • Entreprise de battage dans le Soissonnais1926 à 2000 21 septembre 2018 14:24, par de Brossard Didier

    Bonjour je suis moi même un galvaudeur de batteuse je suis dans le métier au sortir de l’école 1953 je connais bien ce travaille bien que mon père avant moi connu la machine la machine à vapeur en 1926. mon père qui était ingénieux et inventeur d’accessoires pour ce type de machine à savoir le monte gerbes la presse de son nom avec le coupe chignon la chaise en bout de la presse j’ai omis l’engreneur délier de ficelle du non de l’indispensable construit par Hourdin 02(son beau-frère)
    pour terminer par le monte-sac ainsi que la bascule automatique Rythma

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  • Mon père était entrepreneur en bord de loire depuis quasi Le pin bouchin jusqu’en Saône et Loire,j’ai " suivi cette grosse batteuse SFV Tom de 1950 et un SFV FV1 qu’il avait réceptionné à l’arsenal de Roanne, tout ça avec une presse rivière casalis SH vendu par Ducharne Henri à La Clayette. Tout était sur pneus,..depuis mes 12/13 ans, jusqu’à quasi 20 ans, j’ai donc fait fonctionner ce très performant matériel qu’on s’emploie encore à faire fonctionner chaque année pour le , les souvenirs que chacun égrène, les adecnotes ,et aussi un peu l’enseignement aux jeunes générations. ...maintenant, on parle de La " fête " Mais c’était la fin de penibles travaux et avec des matériels plus anciens ...ce n’était pas du repos ni La fête, loin de là...

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